• chapitre 2

    • Chapitre 2

      « Quand la mort décide de te faire une surprise...»

      Je rouvris les yeux, chassant la peine qui me dévorait le cœur depuis des mois, comme une vieille plaie infectée. Fini, les apitoiements, la dépression, l’enfermement, la passivité. Fini les journées entières passées sous ma couette, anesthésiée par l’apathie que provoque les médocs antidépressifs que je m’étais infligés pour pouvoir fuir mon immense culpabilité, fini les larmes, la douleur, la peur, la peur, la peur. La peur de la prison, de l’avenir, d’être confrontée à ce que j’avais fait, de voir le ravage de la douleur dans les yeux des proches de ma victime. Victime. Ce mot est la plus horrible des souffrances, car elle me pointe du doigt aussi sûrement que mon prénom.

      Je m’appelle Eyline Calembre et je suis une meurtrière.

      Mais tout ça c’est fini. Car j’ai un plan. Bien meilleur que le dernier que j’ai appliqué.

      Je balançai mes jambes hors de mon lit et me redressai en position assise, puis je m’étirai comme un chat. J’étais déjà prête depuis hier soir, pour la simple raison que je n’avais pas pu fermer l’œil de la nuit. J’avais passé tout mon temps à me préparer –c'est-à-dire me doucher,  m’habiller et mettre dans un sac le pistolet que j’avais conservé avec moi pendant ma fuite-, à ressasser mon plan et à faire les cents pas dans mon appartement  en me rongeant les ongles jusqu’au sang.

      Avec un soupir, je me levai, attrapai mon manteau et me dirigeai vers la sortie. Je balayai une dernière fois du regard le petit appartement miteux que j’avais partagé avec ma mère, et mon regard s’arrêta sur un petit cadre crasseux posé sur la table de la cuisine. Je ne l’avais jamais remarqué jusque là, et j’étais persuadée qu’il n’était pas là avant que je ne parte. Je l’attrapai –l’appart’ était vraiment tout petit- et le détaillai. C’était une photo de ma mère et moi, quand j’avais environ trois ans, et elle me tenait dans ses bras, plus souriante que je ne l’ai jamais vue. C’était quand on avait encore un petit peu d’argent, avant que mon père -un homme dont je n'avais aucun souvenir et qui ne m’intéressais pas plus que ça- ne nous abandonne.

      Je sentis les larmes couler sur mes joues. Pourtant, j’étais persuadée de les avoir toutes versées pendant ces derniers mois, mais il faut croire que j'en possédais un réservoir inépûisable. J’avais appris la mort de ma mère en rentrant de cette fameuse nuit. Cancer. Elle le savait depuis deux ans, mais elle ne m’avait jamais rien dit. Ce qui avait alimenté encore plus ma culpabilité et ma haine de moi-même. En plus d’être une meurtrière et une fille indigne, j’étais maintenant orpheline.

      Effectivement, on pouvait dire que ma vie était vraiment merdique. Et ça n’allait pas en s’arrangeant…

      J’expirais en un souffle entrecoupé de hoquet, et je déposais le cadre d’un geste un peu trop brusque, ce qui le fissura. Tant mieux. Mieux valait faire une croix sur le passé le plus vite possible.

      Je sortis presque en courant, de peur de me dégonfler, et je claquais la porte en partant, comme pour verrouiller une bonne fois pour toutes ce pan de mon passé.

      Je marchais d’un pas vif tout en ressassant pour la millième fois au moins mon plan, qui d’ailleurs ne méritait pas tellement ce nom. Il consistait juste en ma reddition à la police, à laquelle j’avouerais tout à une seule condition. Qu’ils me laissent parler avec la famille de l’homme que j’avais tué. Que j’ai au moins une chance de leur expliquer ce que j’avais fait, les circonstances dans lesquelles cela s’était produit. Ils ne me pardonneraient sûrement jamais, peut-être même m’insulteront-ils, et je finirais sûrement ma vie derrière les barreaux. Très bien, je l’avais plus que mérité, il était temps de payer pour mes erreurs. Mais je voulais leur faire part de mon immense culpabilité, que je ne voulais pas, que je n’aurais pas du, que c’était un accident, leur demander pardon, pardon, pardon... J’avais retourné milles fois le discours dans ma tête, l’avais poli et aiguisé telle une épée prête pour le combat. Je m’appelle Eyline Calembre, et je suis désolée de…

      Peut-être que si j’avais été moins plongée dans mes pensées, que j’avais fait attention à ce qui se passait autour de moi, j’aurais vu le feu passer au rouge pour les piétons, je me serais arrêtée avant d’arriver au milieu de la chaussée. Et j’aurais évité le bus qui me fonçait dessus à 70km/h.

      Mais je ne le fis pas. Alors, je ne pus que me paralyser et observer la mort se précipiter sur moi comme un lion sur une gazelle. Je n’étais pas vraiment apeurée, l’adrénaline n’eut même pas eu le temps de se frayer un passage dans mes veines. Je me sentais juste surprise et complètement fascinée. Et c’est comme ça que je mourus. Un terrible choc, un millième de seconde d’une douleur insupportable tandis que mon corps se disloquait, puis plus rien.

      Le noir total…

       


  • Commentaires

    1
    Mercredi 12 Novembre 2014 à 13:33

    Morte ? Non, impossible. En tout cas superbe chapitre !

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